Fabriquer ses fonds de sauce maison et bien les conserver

Un fond de sauce maison est un liquide aromatique obtenu en faisant mijoter des os, des parures de viande et une garniture de légumes dans de l'eau, avant de filtrer le tout. Il se décline en version claire, le fond blanc, et en version colorée au four, le fond brun, auxquelles s'ajoutent le fumet de poisson et le jus de rôti.

L'essentiel

  • Fond blanc : os et carcasses non colorés, départ à l'eau froide, deux à trois heures de frémissement.
  • Fond brun : os de veau et garniture aromatique colorés au four, déglaçage au vin rouge, quatre à six heures.
  • Fumet de poisson : arêtes de poissons maigres, vingt minutes de cuisson au maximum.
  • Jamais de sel avant réduction, jamais de grosse ébullition : le fond se troublerait.

Fond blanc, fond brun, fumet, jus : quatre bases qui ne se préparent pas pareil

La cuisine française classe ces préparations selon deux critères : la matière première et la coloration préalable. Un fond blanc de volaille et un fond brun de veau partent des mêmes morceaux, mais l'un passe directement dans la marmite quand l'autre est d'abord rôti. Le fumet, lui, ne suit ni l'un ni l'autre : il cuit dix fois moins longtemps. Quant au jus de viande, il ne demande aucun mouillage, puisqu'il naît des sucs qu'une pièce laisse dans son plat.

Base Matière première Coloration Durée
Fond blanc Carcasses de volaille, os de veau Aucune 2 à 3 heures
Fond brun Os de veau, de bœuf ou de gibier Au four, avant mouillage 4 à 6 heures
Fumet de poisson Arêtes de poissons maigres Suées au beurre 20 minutes
Jus Sucs d'une pièce rôtie Obtenue par le rôtissage Quelques minutes

Réaliser un fond blanc de volaille ou de veau

Le fond blanc est le plus simple des quatre, et celui par lequel commencer. Comptez un kilo de carcasses de volaille ou d'os de veau pour deux litres d'eau froide. Le départ à froid n'est pas un détail de style : il permet aux impuretés de coaguler lentement et de remonter en surface, où l'écumoire va les cueillir. Un départ à l'eau bouillante les disperse dans le liquide, qui reste trouble jusqu'au bout.

La garniture aromatique

Deux carottes, un oignon, un blanc de poireau et une branche de céleri suffisent pour cette quantité. Coupez ces légumes en gros morceaux : détaillés trop fin, ils se délitent et brouillent le fond. Ajoutez un bouquet garni de thym, laurier et persil, deux gousses d'ail en chemise, quelques grains de poivre noir. Ni sel, ni tomate ici, la couleur devant rester claire.

La cuisson

Portez à la limite de l'ébullition, puis baissez le feu jusqu'à ce que la surface frémisse à peine, avec une bulle qui crève de temps à autre. Écumez pendant le premier quart d'heure, puis laissez mijoter deux heures pour la volaille, trois pour le veau. Filtrez au chinois ou à la passoire fine, sans presser les morceaux, et laissez refroidir avant de dégraisser. Un fond blanc bien conduit sert de base pour les sauces blanches, les veloutés et les soupes du quotidien.

Le fond brun, base des sauces brunes et du fond de veau maison

Le fond brun demande la même matière première, plus une étape et beaucoup plus de temps. Faites concasser les os de veau par le boucher, étalez-les dans un plat avec un filet d'huile d'olive et enfournez à 220 degrés pendant quarante minutes, jusqu'à une teinte brun clair et non noire. Un os brûlé donne un fond amer que rien ne rattrape. À mi-parcours, ajoutez la garniture aromatique pour qu'elle colore elle aussi.

Déglacez ensuite le plat avec un verre de vin rouge en grattant les sucs caramélisés au fond, exactement comme lorsque vous voulez récupérer le jus d'un rôti de porc. Versez le tout dans une grande marmite, mouillez à l'eau froide à hauteur, ajoutez une cuillère de concentré de tomate et laissez mijoter quatre à six heures à découvert, sur feu moyen puis très doux. Le liquide doit réduire d'un tiers environ. C'est ce fond qui sert ensuite de départ à la sauce espagnole, à la sauce bordelaise ou à une sauce au poivre.

Le fumet de poisson tient en vingt minutes

Le fumet est la seule base où cuire plus longtemps dégrade le résultat. Au-delà d'une vingtaine de minutes, les arêtes libèrent des composés amers et le fumet devient impossible à rattraper. Utilisez des poissons maigres, sole, turbot, merlan ou saint-pierre, jamais de poissons gras comme le maquereau ou le saumon, dont le goût domine tout.

Faites suer les arêtes rincées dans une casserole avec une noix de beurre, une échalote et un blanc de poireau émincé, sans coloration. Mouillez d'un verre de vin blanc, laissez évaporer, complétez à l'eau froide, portez au frémissement et comptez vingt minutes montre en main. Filtrez aussitôt. Ce fumet est la base du beurre blanc, des sauces de poisson et de nombreuses préparations de la cuisine de bord de mer.

Le jus, ce que la pièce rôtie laisse dans le plat

Un jus n'est pas un fond. Il ne se prépare pas à l'avance : il se récolte au moment où vous sortez la viande du four. Retirez la pièce, éliminez l'excès de graisse, posez le plat sur le feu et déglacez avec un peu d'eau, de vin blanc ou de fond blanc. Grattez, laissez réduire deux ou trois minutes, filtrez. C'est la sauce la plus courte de toutes, et souvent celle qui porte le plus de saveur, parce qu'elle ne contient rien d'autre que ce que la viande a donné. Elle accompagne aussi bien un canard qu'un carré d'agneau ou de simples pommes de terre rôties.

Utiliser ses bases en cuisine, au-delà des grands classiques

Un fond ne sert pas qu'aux préparations de chef. Il remplace l'eau partout où une recette en demande : mouiller un risotto, mouiller un ragoût de bœuf en cocotte, cuire des lentilles, détendre une purée. Le gain sur la saveur est immédiat, parce que le liquide apporte lui-même de la profondeur au lieu de transporter seulement la chaleur.

Trois conseils pour bien l'utiliser. La qualité prime sur la quantité : une cuillère de glace de viande vaut mieux qu'un demi-litre de liquide fade. Goûtez systématiquement avant de saler, puisque la base ne l'est pas. Gardez enfin à l'esprit que toutes les préparations n'en dépendent pas, contrairement à ce qu'une recette de blog laisse parfois croire : une hollandaise est une émulsion de beurre et de jaune d'œuf, sans aucun fond, et un beurre blanc se monte sur une réduction de vinaigre et d'échalote. L'astuce des cuisines professionnelles tient à un ingrédient ajouté tard : quelques herbes fraîches ou une épice en fin de cuisson, jamais au départ, où elles s'éteindraient en quatre heures. C'est ce qui permet d'obtenir un accompagnement franc plutôt qu'une technique correctement exécutée mais plate.

Cinq gestes qui séparent un bon fond de sauce d'un liquide trouble

  • Ne salez jamais. Un fond est destiné à réduire, parfois de moitié. Le sel, lui, ne s'évapore pas : il se concentre. On assaisonne la sauce finale, pas la base.
  • Restez sous l'ébullition. Un gros bouillon émulsionne les graisses dans le liquide et le rend définitivement laiteux.
  • Écumez tôt. Les impuretés remontent surtout pendant la première demi-heure ; passé ce délai, elles se sont déjà redispersées.
  • Ne pressez pas au filtrage. Écraser les morceaux dans la passoire fait passer les particules que deux heures de cuisson ont servi à séparer.
  • Dégraissez à froid. Une nuit au réfrigérateur fige la graisse en une plaque qu'on retire d'un seul geste, là où l'écumage à chaud en laisse toujours.

Ce que l'on demande le plus souvent

Quelle est la différence entre un fond blanc et un fond brun ?

La différence tient à une seule étape : le fond brun passe au four avant d'être mouillé, le fond blanc non. Cette coloration préalable apporte la teinte, l'intensité et les arômes grillés des sauces brunes, et elle allonge la cuisson de deux à quatre heures supplémentaires.

Peut-on réaliser un fond de sauce sans os ?

Oui, mais le résultat n'aura pas la même texture. Ce sont les os et les cartilages qui libèrent la gélatine responsable du nappage caractéristique d'une sauce réduite. Sans eux, on obtient un bouillon de volaille aromatique, parfait pour une soupe, mais qui ne tiendra pas en bouche comme un fond.

Faut-il ajouter de la farine ou un roux ?

Non, pas dans le fond lui-même. Un roux blanc ou un roux brun sert à lier la sauce au moment du dressage, jamais la base. Un fond se concentre par réduction, ce qui donne une liaison naturelle et un goût bien plus net qu'un épaississant.

Le fond du commerce vaut-il le fond maison ?

Un fond déshydraté dépanne, mais il est presque toujours très salé, ce qui interdit de le réduire. C'est précisément là que le fond maison change tout : on peut le concentrer autant qu'on veut sans rendre le plat immangeable.

Conserver ses fonds sans prendre de risque

Un fond filtré se garde trois à quatre jours au réfrigérateur, dans un récipient fermé et placé au froid rapidement après refroidissement. La couche de graisse figée en surface le protège un peu de l'air : autant la laisser en place jusqu'à l'utilisation. Pour aller plus loin, la congélation reste la méthode la plus simple. Versez le fond refroidi dans des bacs à glaçons, démoulez les cubes une fois pris et stockez-les en sachet : vous prélèverez ensuite la quantité exacte dont vous avez besoin, sans décongeler un litre pour déglacer une poêle.

La version la plus compacte s'appelle la glace de viande. Il s'agit d'un fond brun réduit jusqu'à une consistance sirupeuse qui prend en gelée ferme au froid ; une cuillère à café suffit alors à relever une sauce. En revanche, la mise en bocaux d'un fond relève d'une autre logique, et c'est le point sur lequel il faut être précis : les fonds et les bouillons sont des aliments peu acides, catégorie pour laquelle une stérilisation en marmite d'eau bouillante n'atteint pas la température nécessaire. La conservation en bocaux se réserve aux préparations acides comme les confitures ou les légumes au vinaigre. Pour un fond, le froid reste la seule voie sûre à la maison.

Reste enfin la question du volume : préparer deux litres de fond brun pour une seule sauce n'a pas de sens. La logique de ces bases, en cuisine professionnelle comme chez soi, est de cuisiner grand une fois par mois puis de congeler. C'est ce qui rend la technique du fond de veau accessible au quotidien, malgré ses six heures de cuisson.

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